Le Tourbillon – Journal officiel mensuel de la Ville de La Chaux-de-Fonds

Catégories
La ville racontée à travers ses rues

Un avocat au service de la Révolution neuchâteloise

Un avocat au service de la Révolution neuchâteloise

Photos : Julie Babey

Le 1er mars 1848, jour de la Révolution neuchâteloise, Alexis-Marie Piaget prend la tête du gouvernement provisoire. Fils d’un négociant neuchâtelois établi à Lyon, il naît en 1802, passe son enfance entre Lyon et Paris et mène des études de lettres et de droit. Il dirige un atelier d’imprimeur-lithographe à Paris entre 1828 et 1835 puis quitte la France et s’établit comme avocat à La Chaux-de-Fonds. Il fréquente les milieux libéraux et républicains et devient un artisan, aux côtés de Fritz Courvoisier et Ami Girard, de la Révolution neuchâteloise.

En 1848, après avoir été appelé à la tête du gouvernement, Alexis-Marie Piaget entre à l’Assemblée constituante, élue par le peuple, et rédige la première Constitution cantonale. Très engagé, il préside le Conseil d’État à plusieurs reprises entre 1848 et 1869 et devient chef du Département des relations extérieures, puis député et enfin Conseiller national. Sa formation d’avocat lui permet de rédiger plusieurs textes légaux comme le Code civil, le Code pénal neuchâtelois ou la loi sur la laïcisation de l’État.

En 1857, il est présent lors de la conclusion du Traité de Paris, acte par lequel le roi de Prusse renonce définitivement à tout droit sur Neuchâtel. Il décède à Neuchâtel en 1870.

La Chaux-de-Fonds n’est pas la seule ville du canton à honorer la mémoire de cet artisan de la République. À Neuchâtel, la Place Alexis-Marie-Piaget borde le Monument de la République, inauguré en 1898, et l’avenue du Premier-Mars.

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photos : Julie Babey

Photos : Julie Babey
Catégories
La ville racontée à travers ses rues Patrimoine

Toutes les olives ne se ressemblent pas

Toutes les olives ne se ressemblent pas

En haut de la rue du Grenier, en face de la rue de la République, s’ouvre la rue des Olives. Mais aucune huilerie dans les alentours. Une olive était le nom donné dans le parler neuchâtelois à une primevère jaune ou à une jonquille. La ferme située tout au bout de la rue du Grenier porte d’ailleurs le nom de « Creux des Olives ».

Cette rue borde par le sud le vaste quartier des « Allées », qui se développe au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Le plan de 1908 montre que tout ce quartier était initialement prévu selon un plan orthogonal, comme le reste de la ville. Sur celui de 1926, les rues parallèles ont disparu et un tracé diagonal relie à travers champs la ville à la ferme du Couvent, aujourd’hui disparue. Cette allée était alors bordée d’arbres et portait déjà le nom de chemin du Couvent. Nous pouvons constater qu’un pont était projeté pour relier l’extrémité est de la rue des Olives à la rue du Docteur-Kern.
Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir ce quartier se développer selon un nouveau plan d’urbanisme qui privilégie l’habitat individuel. Le 25 septembre 1947, L’Impartial détaille ce projet, porté par l’Association du « Coin de terre » neuchâtelois qui vise à construire des maisons familiales à prix accessible. Une quarantaine de maisons avec jardins sont construites par l’architecte Albert Wyss. Les olives ont fait place à l’habitat, mais réapparaissent chaque printemps dans les jardins familiaux.

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photos : Julie Babey

Catégories
La ville racontée à travers ses rues Patrimoine

On y fabriquait des tuiles

On y fabriquait des tuiles

L’actuelle rue de la Tuilerie apparaît pour la première fois sur le plan de ville de 1898. Cependant, une rue de la Tuilerie était déjà mentionnée sur le plan de 1841. Elle était alors prévue entre la rue des Terreaux et la rue des Fleurs. Cette rue ne verra jamais le jour et le toponyme est réutilisé à la fin du XIXe siècle pour nommer une rue à venir dans le quartier au sud de l’hôpital. Les premières maisons, aux numéros 30, 32 et 42, sont construites dans les premières années du XXe siècle. La présence d’une rue de la Tuilerie au nord-est de la ville, dans le quartier de la Charrière, laisse penser qu’une fabrique de tuiles se trouvait à cet endroit. Selon l’historien Charles Thomann, le nom viendrait plutôt de la présence d’une vieille maison couleur tuile, ou recouverte de tuiles, ou encore d’une carrière permettant d’extraire l’argile ou la marne servant à la fabrication de tuiles ou de briques. 1 L’utilisation des tuiles en terre cuite devient systématique lors de la reconstruction suite à l’incendie de 1794, en remplacement des couvertures en bois par des bardeaux. Un règlement de police pour les nouvelles constructions ou les réparations des maisons à La Chaux-de-Fonds, dans le but de les préserver des accidents du feu, sanctionné par le Conseil d’État en 1795, impose notamment l’usage de la pierre et des tuiles en terre cuite dans les constructions.

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photos : Julie Babey

1 Charles Thomann, L’histoire de La Chaux-de-Fonds inscrite dans ses rues, Neuchâtel, édition du Griffon, 1965, p. 15.

Catégories
La ville racontée à travers ses rues Patrimoine

Six pompes pour une fontaine

Six pompes pour une fontaine

Avant l’arrivée de l’eau courante en 1887, l’eau était collectée dans de grands réservoirs souterrains ou puisée dans des puits creusés pour atteindre les sources souterraines.

Parmi ces puits se trouve celui de la « Fontaine-Ronde », ancienne source d’eau potable autour de laquelle s’est construit le village d’origine. En 1847, la Compagnie du village, groupement qui gère les infrastructures du village avant la création de la municipalité en 1851, y fait construire un édicule octogonal en pierre de taille, doté de six bassins alimentés par six pompes. Naturellement appelée Fontaine des Six-Pompes, elle est mise sous protection par le Canton en 1942 déjà.

Ce petit édicule s’élève sur une place plantée de marronniers qui s’ouvre vers la cour du collège des Marronniers, anciennement Vieux Collège, puis sur la place du même nom. Ce passage, qui s’appelait Rue Publique jusqu’au milieu des années 1980, est réaménagé et rendu aux piéton-ne-s sous le nom de Promenade des Six-Pompes en 1986. Cet aménagement fait partie d’une série de mesures prises par le Conseil général dans sa séance du 18 juin 1985. Ce réaménagement est également l’occasion de remettre en fonction la fontaine, en prévision des fêtes du centenaire de l’arrivée de l’eau à La Chaux-de-Fonds qui ont lieu en 1987.

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photos : Alyssa Arricale

Catégories
La ville racontée à travers ses rues

La ville racontée à travers ses œuvres d’art : Louis Chevrolet

la ville racontée à travers ses œuvres d'art: Louis Chevrolet

Impossible de la rater. L’œuvre en hommage à Louis Chevrolet, réalisée par Christian Gonzenbach en 2013 et offerte à la Ville par la célèbre marque automobile pour commémorer son centenaire, frappe par sa monumentalité. 

Louis Chevrolet est né à La Chaux-de-Fonds le 25 décembre 1878. Il quitte la ville avec sa famille alors qu’il n’est encore qu’un enfant pour la France puis, à 22 ans, s’installe à New York. Il y fait une brillante carrière de coureur et de constructeur automobile et crée, en 1911, la marque Chevrolet. Il passe le reste de sa vie aux États-Unis où il meurt en 1941.  

Dans son travail artistique, Christian Gonzenbach cherche de nouvelles manières de percevoir la réalité, en jouant avec les matières et les dimensions. Il réinterprète les formes classiques de la sculpture pour leur donner d’autres perspectives.

L’œuvre, choisie par un jury suite à un concours international organisé par la marque Chevrolet en 2011, propose une version contemporaine du buste. Un buste est traditionnellement destiné à montrer les caractéristiques physiques et l’esprit d’une personne. Christian Gonzenbach inverse ici la perception. Les contours du visage, tourné vers l’ouest, sens du développement de la ville, sont retournés comme l’intérieur d’un masque : le nez devient un creux, les orbites des bosses, le front un précipice. Selon les mots de l’artiste, ce mouvement donne au visage de Chevrolet l’aspect d’un paysage. Le visage est à la fois présent et absent. Le parc et la nature se reflètent dans l’œuvre, lui donnant vie.

Posé sur un socle, lui aussi inversé, le buste de Louis Chevrolet dialogue, de par sa taille et sa réverbération, avec le parc et les immeubles alentour. 

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine

Photo : Malé Montini

Catégories
Culture La ville racontée à travers ses rues Patrimoine

La ville racontée à travers ses œuvres d’art : maternité

la ville racontée à travers ses œuvres d'art: maternité

Le sculpteur André Huguenin-Dumittan a laissé une trace importante au cœur de la ville. De nombreuses sculptures et bas-reliefs sont visibles comme L’Étude, deux grands personnages à l’entrée sud de la Bibliothèque de la Ville, La Liseuse, accrochée à la façade de la rue Léopold-Robert 39, où se trouvait une librairie, ou La Baigneuse, au centre d’une fontaine dans le Parc Gallet.

En 1933, suite à l’aménagement du Parc de l’Ouest, ancienne place du marché, en jardin public, il réalise une sculpture monumentale en bronze : Maternité. Cette œuvre est une commande de la Ville. Lors de sa séance du 3 mars 1933, le Conseil général décide, malgré la crise, de prélever la somme de CHF 16’000.— au fonds d’encouragement des Beaux-Arts et à la réserve pour l’embellissement de la ville. Le monument est remis aux autorités le 7 juillet 1934 lors d’une cérémonie officielle. On peut lire dans L’Impartial du 9 juillet 1934 que « lorsque le voile qui cachait le monument tomba, la belle statue apparu dans son émouvante simplicité et fut fort admirée ».

 

André Huguenin-Dumittan travaillait dans un atelier au parc Gallet. C’est donc naturellement que sa Maternité est déplacée à proximité de cet atelier, en 2013, lorsque la Ville reçut de la part de la marque Chevrolet, qui fêtait son centenaire, une œuvre de Christian Gonzenbach représentant le buste de l’illustre constructeur de voitures né à La Chaux-de-Fonds en 1878. 

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photo : Ville de La Chaux-de-Fonds, Maternité, 1933, Parc Gallet

Catégories
La ville racontée à travers ses rues

La ville racontée à travers ses œuvres d’art : le monument de la république

la ville racontée à travers ses œuvres d’art : le monument de la république

Lorsque l’on arrive sur la place de l’Hôtel-de-Ville, on tombe nez à nez avec un monument massif. Cette sculpture, réalisée en 1910 par Charles L’Eplattenier, est un hommage à la République neuchâteloise, née de la Révolution du 1er mars 1848.

L’idée d’un monument en l’honneur de la République est née lors des fêtes du cinquantenaire, en 1898. Le projet de Charles L’Eplattenier remporte un concours organisé par la Commission fédérale des beaux-arts. Son projet, remanié en fonction de l’emplacement choisi, présente quatre côtés illustrant chacun un élément de la Révolution neuchâteloise.

Un imposant bloc de bronze sculpté surplombe un socle en béton également décoré. La face nord met en scène un jeune tambour semblant menacé par les pattes de l’aigle au sol. Ce dernier représente la royauté prussienne mise à terre par la révolution. À l’est, on trouve le chef de file de la révolution, Fritz Courvoisier, tenant le drapeau fédéral. Au sud, on reconnaît un républicain en armes, affrontant les affres de l’hiver. À l’ouest une jeune femme s’élance hors de la tourmente révolutionnaire, écrasant l’aigle prussien. Le socle en béton présente dates, drapeaux et hommages à la République, dans un style qui reprend les éléments ornementaux du Style sapin.

Le monument est inauguré en grande pompe le 5 septembre 1910, accompagné par un cortège historique. L’Impartial relate que « Le programme des fêtes s’est déroulé dans un ordre parfait devant des milliers de spectateurs. »

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photo : Sophie Amey

Catégories
La ville racontée à travers ses rues

la ville racontée à travers ses œuvres d’art : homme de Léon Perrin à Léopold-Robert

la ville racontée à travers ses œuvres d’art : hommage de Léon Perrin à Léopold-Robert

Au bout de l’avenue Léopold-Robert, faisant face à la Grande Fontaine, on découvre une statue de femme aux bras levés. Elle semble faire un pas en avant et regarde au loin. Qui est-elle ?

Cette œuvre est réalisée en 1935 par le sculpteur Léon Perrin. Élève de Charles L’Eplattenier, il participe en 1910 au chantier du Crématoire et réalise ensuite une importante carrière individuelle. En 1935, il reçoit une commande de l’Association pour le développement de La Chaux-de-Fonds, mandatée par la Ville, qui souhaite réaliser une œuvre en l’honneur de Léopold-Robert, peintre romantique mort à Venise 100 ans plus tôt.

Au lieu de réaliser une œuvre représentant le peintre, Léon Perrin choisit de mettre en valeur une femme de la campagne romaine, comme on en trouve tant dans l’œuvre peinte de Léopold-Robert. Le profil du peintre, quant à lui, est présent sur le socle de la statue.

L’inauguration de cette sculpture, le 17 novembre 1935, est largement reprise dans la presse locale. Elle clôt trois mois de festivités autour de Léopold-Robert. La statue est officiellement remise aux autorités par le président de l’Association de développement de la ville. Concerts et spectacles historiques à la Maison du Peuple concluent cette inauguration.

Tous les deux ans, lors de la Braderie, cette jeune femme aide à tenir le toit de la tente du stand de la Table Ronde. Elle participe, à sa manière, à la fête.

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photo : Malé Montini

Catégories
La ville racontée à travers ses rues

À l’endroit ou à l’envers

À l'endroit ou à l'envers

À La Chaux-de-Fonds, il y a le quartier des Endroits et le quartier des Envers. Comme les deux faces d’une même pièce, ces deux quartiers sont à l’opposé l’un de l’autre. Le terme « envers » signifie « orienté au soleil levant ». Il fait écho au quartier des Endroits, exposé plein sud, qui bénéficie d’un maximum d’ensoleillement, les « endroits » désignant des pentes orientées sud-ouest, c’est-à-dire au soleil couchant.

La rue des Envers n’existe plus. Elle a pris le nom de rue des Musées à la fin des années 1970, au moment de la construction du Musée international d’horlogerie. L’actuelle rue Jean-Paul-Zimmermann, qui relie la Place du Marché à la rue Numa-Droz s’appelait rue des Endroits jusqu’en 1967, année où elle prit le nom d’un écrivain régional et ancien professeur au Gymnase. Le quartier des Endroits s’est alors déplacé plus au nord, pour rejoindre les pentes de Pouillerel. 

Le collège des Endroits, construit entre 1967 et 1969, témoigne du développement démographique qui s’arrêta net avec la crise des années 1970. Le collège des Endroits marque désormais la limite ouest de la ville. À peine plus haut, la route qui mène au Grand Hôtel des Endroits porte le nom de Boulevard des Endroits. Ce nom n’est pas lié à la taille de la route, mais à l’allée d’arbres qui la borde. En effet, un boulevard, en plus d’être une large voie de communication, n’est autre qu’une route bordée d’arbres.

Sa carrière d’artiste peintre reste davantage privée. Elle peint depuis son lit, principalement des bouquets de fleurs. Plusieurs toiles sont conservées au Musée des beaux-arts.

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine
Photos : Malé Montini

Catégories
La ville racontée à travers ses rues

« Partir en Promenade »

Partir en promenade

La rue de la Promenade, qui relie actuellement la rue du Grenier à la rue du Manège, est très ancienne. Elle présente le premier plan d’urbanisme d’un quartier de la ville, quelques années avant le plan Junod. 

En 1830, Henri-Louis Jacot, propriétaire de la maison au numéro 1 de la rue de la Promenade et des terrains alentours, établit un règlement pour un plan de quartier. Largeur et hauteur des immeubles, type de pierre à utiliser, arbres et trottoirs sont précisément indiqués dans le règlement. À l’arrière, des jardins agrémentés de fontaines ainsi que des lessiveries (qui donnent leur nom au Passage des Petites-Lessiveries) apportent du confort. Les acheteurs des terrains s’engagent à construire leurs immeubles en respectant le règlement et à œuvrer à l’embellissement du quartier. 

La rue se situe alors en hauteur et est arborisée. Un escalier placé à gauche de l’immeuble Promenade 2 permet l’accès depuis la rue du Grenier. Cette rue surélevée, en dehors de l’agitation du village, est alors un lieu de rendez-vous et de détente. 

Au début du XXe siècle, l’augmentation de la population et de la circulation entraîne d’importantes transformations sur la rue de la Promenade. Une tranchée est creusée en 1939 et d’imposants murs de soutènement sont construits. La rue est alors goudronnée et devient une artère importante de la ville. Peut-être retrouvera-t-elle un jour son caractère d’origine. 

Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine 
Photo : Sophie Amey