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Le Tourbillon – Journal officiel mensuel de la Ville de La Chaux-de-Fonds

Le photographe Christian Lutz est le premier artiste en résidence de lcdf27

Il adore les brèves de comptoir, le vélo, parler avec les gens et prendre le temps. Basé à Genève et à Athènes, Christian Lutz est un photographe de renommée internationale. Il est aussi le premier artiste accueilli en résidence à La Chaux-de-Fonds dans le cadre de l’année Capitale culturelle 2027, pour laquelle il prépare une, voire deux expositions.

Pendant trois mois, il a arpenté la ville, armé d’une carte blanche artistique lui permettant de représenter ce qui lui plaît: « J’ai demandé à pouvoir résider longtemps. Plus on prend de temps, plus on peut comprendre le sujet. » Ses projets se construisent toujours dans la durée : « Mon travail découle toujours des premières images que j’ai pu faire. » Ensuite, il faut la liberté de passer des jours sans image, de s’imprégner du lieu, de discuter, de découvrir, de partager.

Mais comment choisit-on une thématique lorsqu’on bénéficie d’une liberté totale? Longtemps centré sur les rapports de pouvoir et les questions politico-sociales, Lutz s’oriente aujourd’hui vers une photographie plus calme, poétique et épurée. À La Chaux-de-Fonds, loin de la représentation « classique » de la ville et du patrimoine UNESCO, il s’est intéressé aux arrière-cours, aux arrangements du quotidien, aux détails imparfaits.

Le vent, la lumière et le bâti sont devenus le fil conducteur de ses premières images, tandis qu’ « Un certain patrimoine » devient le titre de travail de son projet.

Le vent, la lumière et le bâti sont devenus le fil conducteur de ses premières images, tandis qu’ « Un certain patrimoine » devient le titre de travail de son projet.

Souvent, tout commence à vélo : un détail architectural ou un arrangement urbain attire son regard. Il s’arrête, sort son appareil photo et opère. Ce qui l’intéresse, c’est ce qui se joue autour de l’élément en question, les correspondances qui se créent. Inscrit dans la lignée d’Henri Cartier-Bresson, de Magnum et de la photographie de rue, Lutz accorde une importance fondamentale à la composition, toujours réalisée directement sur le terrain : « J’ai appris le côté très rigoureux de la construction de l’image. Il faut que la composition tienne la spectatrice ou le spectateur, qu’elle accapare toute sa concentration ». Verticales, lignes fortes et points de fuite dominent, auxquels s’ajoutent beaucoup d’humour, de mouvement, un brin d’ironie, ou, comme le dit l’artiste avec un sourire en coin, « la politesse du désespoir », souvent empreinte de poésie.

Pour une photographie, il peut en produire cinquante ou soixante, puis passer des heures à les éditer, les imprimer, et les confronter en les accrochant aux murs de son atelier : « Je pense être meilleur éditeur, sélectionneur d’images que photographe ». Lutz évoque des moments de fulgurance à l’atelier, lorsque les connexions entre les images se créent.

Christian Lutz / Photo : Cindy Van Acker

L’artiste se définit comme un raconteur d’histoires. Pourtant, il ne légende jamais ses photographies. La narration se cachera finalement dans la sélection d’une vingtaine d’images, qui traduiront une certaine essence de La Chaux-de-Fonds, entre réalité, émotion, fantaisie et dramaturgie. La série sera présentée en août 2027 et pourrait être accompagnée d’un second projet, plus intime, autour de la loge maçonnique L’Amitié, à la suite de rencontres entre le photographe et certains Frères. Mais, liberté oblige, rien n’est encore figé. « J’adore cette flexibilité. À ce stade, j’ai produit ces images, elles m’enthousiasment, mais tout peut encore changer. Je me réjouis de revenir l’année prochaine. »

Marikit Taylor, chargée de mission Capitale culturelle

Œuvre de Christian Lutz, dont le travail sera présenté en août 2027

Lauréat de nombreux prix, dont celui de la Nuit de la Photo de La Chaux-de-Fonds, Christian Lutz a publié plusieurs livres, tels que Tropical Gift, In Jesus’ Name et Citizens. Il a notamment participé aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles en 2019.