Le Tourbillon – Journal officiel mensuel de la Ville de La Chaux-de-Fonds

L’Heure bleue et la Salle de musique : joyaux d'histoire et de culture

Salle de musique : vue de la scène et des orgues

En dehors de celui de Bellinzone, L’Heure bleue de La Chaux-de-Fonds est le seul théâtre à l’italienne de Suisse. Il est attenant à la Salle de musique, avec laquelle il forme un même complexe culturel, géré par le TPR. Le Service de la communication de la Ville s’est rendu sur place. Profitant d’une visite guidée de Pascal Schmocker, régisseur général de la Salle de musique, nous avons compris pourquoi ces deux salles, chacune à leur manière, contribuent au rayonnement de la Cité horlogère bien au-delà des frontières nationales.

Le théâtre de L’Heure bleue
Le Casino-théâtre, ainsi qu’on l’appelait alors, fut inauguré en 1837. Sa construction répondait à la volonté de doter la ville d’une salle de spectacles à la hauteur de son prestige. La Chaux-de-Fonds connaissait alors une forte croissance économique, qui atteindra son apogée entre 1850 et le début de la Première Guerre mondiale. Commandité par la Société du Casino, le bâtiment fut conçu par le jeune architecte soleurois Peter Felber, qui adopta un style alors en vogue : le théâtre à l’italienne. Cette appellation ne renvoie pas à une appartenance culturelle, mais plutôt à une typologie architecturale.

Le style « à l’italienne »
L’une des caractéristiques majeures du théâtre à l’italienne est la disposition en forme de fer à cheval. Dans son ensemble, sa configuration met en valeur la stratification sociale. À La Chaux-de-Fonds, la salle se compose d’un parterre et de trois niveaux de balcons. Correspondant à la hiérarchie des classes sociales, le parterre était occupé par les spectateur-trice-s les plus modestes, tandis que chaque étage révélait un niveau d’aisance plus élevé. Curieusement, les places situées dans les angles, réservées aux plus fortunés, n’offraient aucune visibilité sur la scène. Ce paradoxe s’explique par la fonction sociale du théâtre, où il s’agissait avant tout d’« être vu ». Les élites cherchaient davantage à exhiber leurs atours devant le public qu’à assister au spectacle.

Dans le cas de La Chaux-de-Fonds, cet aspect mondain n’était pas déterminant : le choix du style s’explique avant tout par un souci esthétique et symbolique. Un théâtre traduit en effet le prestige d’une ville. Ici, cela s’exprime dans les couleurs, les décors, les détails ornementaux et les clins d’œil architecturaux, qui affirment l’importance du lieu. Sur l’une des parois supérieures, l’on distingue le blason de La Chaux-de-Fonds, les noms de figures locales et plusieurs muses. En levant les yeux vers le plafond, les visiteur-euse-s découvrent un grand velum orné de onze figures féminines : huit des neuf muses olympiennes, trois personnages anonymes, et un espace demeuré vide (voir l’encadré).

Ces qualités esthétiques dialoguent avec celles de la Salle de musique, qui, de son côté, se distingue par d’autres atouts remarquables — notamment ses orgues et son acoustique exceptionnelle.

La Salle de musique
Inaugurée en 1955, la Salle de musique est le fruit d’un projet mûri depuis trois décennies. L’idée émerge en 1925 avec la fondation de l’association Musica, dont le but est de doter La Chaux-de-Fonds d’une salle de concert digne de son statut. Ironie du sort : cette « petite sœur » finira par sauver son aîné, le théâtre, alors menacé de destruction au profit d’une grande salle polyvalente.En 1941, Musica acquiert la majorité des actions de la Société du théâtre et décide de construire la nouvelle salle de concert dans le bâtiment adjacent. C’est de cette démarche qu’est née la contiguïté entre les deux édifices.

Parmi les trésors de la Salle de musique, son orgue occupe une place à part. Comme le souligne M. Schmocker, « les salles de concert dotées d’un orgue étaient rares à l’époque. Aujourd’hui encore, il y a peu de salles disposant d’un instrument comparable intégré à sa structure. » L’accès à l’orgue se fait par une petite échelle menant à un impressionnant ensemble de 3’500 tuyaux de tailles variées, composés principalement de plomb et d’étain — un paysage vertical évoquant des immeubles miniatures s’élançant vers le ciel.

La réputation internationale de la salle repose surtout sur son acoustique d’exception. « Des musicien-ne-s viennent de toute l’Europe, et parfois de plus loin, pour enregistrer ici. La Salle de musique est mondialement connue pour cela », souligne son régisseur.

À eux deux, ces lieux de spectacle et de concert scandent le nom de La Chaux-de-Fonds plus fort que tout témoignage, rappelant que l’intérêt de la ville du Haut dépasse largement le cadre de l’horlogerie.

Jean Christophe Malou, rédacteur
Photos : Julie Babey

Nos remerciements à Pascal Schmocker, le régisseur de la Salle de musique, pour sa disponibilité lors de l’élaboration de cet article.

Salle de musique : le jeu d'orgues
Pascal Schmocker, régisseur de la Salle de musique
Théâtre de l'Heure bleue : dessous techniques de la scène
Théâtre de L'Heure bleue  : vue partielle de la machinerie

LES MUSES DU THÉÂTRE

Depuis la droite, juste après l’espace vide (toile effacée qui représente probablement Euterpe, seule muse manquante), dans le sens antihoraire, suivant l’ordre d’apparition, l’on peut voir Uranie (Astronomie), figure anonyme (probable évocation de la musique), Clio (Histoire), Terpsichore (Chant), Calliope (Poésie épique), Polymnie (Lyrisme), figure anonyme (probable personnification de la Sculpture), figure anonyme (probable personnification de la Félicité), Thalie (Comédie), Erato (Poésie amoureuse et érotique) et Melpomène (Tragédie).