Le Tourbillon – Journal officiel mensuel de la Ville de La Chaux-de-Fonds
Officiellement inauguré en 1966, l’hôpital de La Chaux-de-Fonds souffle ses soixante bougies. Son directeur, Pascal Braichet, a accepté de partager ses impressions sur l’événement, mais aussi sur l’institution, qui prend soin des Chaux-de-Fonnières et Chaux-de-Fonniers depuis plus de six décennies.
Ce mois de juin, l’hôpital de La Chaux-de-Fonds fête ses 60 ans. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette commémoration ?
Nous souhaitons marquer le coup pour cet anniversaire et nous l’avons lancé à la fin de l’année dernière. Un groupe de travail a été mis en place pour organiser des portes ouvertes 60 ans jour pour jour après l’inauguration officielle du nouvel hôpital, en 1966. Pour ce faire, nous avons mobilisé de fidèles employé-e-s de l’hôpital – actuels et retraités. L’idée est de permettre à chacune et chacun de retracer l’histoire du site et plus largement des hôpitaux chaux-de-fonniers. Il y aura une exposition chronologique expliquant cette évolution, des premières chambres de garde jusqu’au projet actuel de créer un nouvel hôpital pour l’ensemble du canton de Neuchâtel. C’est assez fou de voir à quelle vitesse les enjeux en matière de santé publique ont changé ces dernières décennies.
Nous proposerons également des panneaux thématiques sur l’évolution de certaines disciplines médicales, comme les urgences, les soins intensifs ou la chirurgie, avec la récente mise en place d’un circuit spécifique pour les prises en charge ambulatoires. Tout ceci sera agrémenté par la diffusion de vidéos avec des témoignages d’ancien-ne-s collaborateur-trice-s et d’un film d’archives retraçant le chantier du nouvel hôpital, lancé en 1962. Enfin, comme c’est un anniversaire, il y aura des animations festives, notamment un atelier de sculpture de ballons pour les enfants.
Quel bilan faites-vous de ces six décennies du site de La Chaux-de-Fonds ?
Je suis entré en fonction dans mon poste de directeur de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds il y a moins d’une année, le 1er octobre 2025. Il est donc difficile pour moi de répondre à cette question. À mon arrivée, j’ai trouvé un site hospitalier très fonctionnel, qui a connu d’importants investissements ces dernières années. J’ai été particulièrement marqué par la fierté d’appartenance qui habite les équipes de l’Hôpital de La Chaux-de-Fonds et par le lien fort qu’elles entretiennent avec leur institution. De plus, depuis 2021, il y a eu des travaux de mise à niveau du site, avec le changement d’un bloc d’ascenseur, de la toiture – avec l’installation de panneaux photovoltaïques – et la réfection de l’héliport. En février 2023, il y a eu l’inauguration de la nouvelle unité de stérilisation, qui a renforcé le site dans sa mission d’hôpital de soins aigus. En septembre de la même année, il y a eu l’inauguration d’un PET-CT de dernière génération, qui a permis au service de médecine nucléaire de renforcer sa position de pôle d’excellence pour le canton et même l’ensemble de l’Arc jurassien.
Quelles ont été les plus grandes transformations vécues par l’hôpital ?
Si on se replonge dans l’histoire, les transformations ont été nombreuses. Le premier hôpital public de La Chaux-de-Fonds, construit à la rue Sophie-Mairet, au sud des bâtiments actuels, a été inauguré en 1898. Avant cela, il y avait un hôpital entre les rues Numa-Droz et Pierre-Coullery, financé avant tout grâce à des fonds privés. Inauguré en novembre 1849, juste après la Révolution neuchâteloise, il remplaçait les chambres de gardes créées par deux femmes remarquables, Sophie Mairet et Cydalise Nicolet.
L’hôpital de la rue Sophie-Mairet a connu plusieurs agrandissements. Il y a d’abord eu l’inauguration de l’hôpital des enfants, en 1915. En 1929, une importante étape de modernisation des infrastructures a été lancée : rénovation du service de chirurgie et les salles d’opération, agrandissement de la maternité, remplacement du chauffage central et construction d’un pavillon pour les diaconnesses. Ce sera la dernière modification importante apportée au bâtiment de la rue Sophie-Mairet avant que naisse le projet de nouvel hôpital de 1966.
L’inauguration du « Nouvel Hôpital » le 27 juin 1966 constitue probablement la transformation la plus importante de son histoire. Le projet, préparé dès le milieu des années 1950, répond à une explosion de l’activité hospitalière : entre 1936 et 1956, le nombre de patients a presque doublé. Les innovations sont considérables : capacité portée à 385 lits ; création de services spécialisés (radiologie, anesthésie-réanimation, physiothérapie, ORL, ophtalmologie, pédiatrie, gynécologie-obstétrique) ; mise en place d’un bloc opératoire moderne ; création d’une unité de soins intensifs de 8 lits ; centralisation du laboratoire, de la pharmacie et de la stérilisation ; équipement technique très avancé pour l’époque (oxygène centralisé, vide médical, groupe électrogène de secours, radiothérapie au cobalt, lits motorisés, télédistribution). L’établissement devient alors un véritable centre régional de soins aigus, dépassant largement la fonction d’hôpital communal qu’il occupait auparavant.
Comment imaginez vous l’hôpital de La Chaux-de-Fonds dans quarante ans, quand il fêtera son premier siècle ?
C’est difficile à dire, je n’ai pas de boule de cristal ! On devrait y voir beaucoup plus clair d’ici deux ans, quand seront prises les grandes options d’organisation du paysage hospitalier à l’horizon 2040. Notre conseil d’administration a transmis au Conseil d’Etat trois scénarios : le premier représente une forme de statut quo, avec le maintien de deux hôpitaux de soins aigus; le deuxième prévoit une centralisation de l’activité stationnaire sur le site de La Chaux-de-Fonds ou sur le site de Pourtalès, entraînant d’importants travaux ; le dernier centraliserait toutes les prestations hospitalières sur un seul site « de novo », dans un lieu qui reste à déterminer.
Ces options doivent être étudiées et affinées, en concertation avec le Département de la santé, de la jeunesse et des sports (DSJS). Mais une chose est certaine : la centralisation de certaines prestations hospitalières s’impose comme une réponse structurelle à la pénurie de ressources humaines et aux exigences croissantes en matière de qualité et de sécurité des soins.
A l’horizon 2026, j’imagine que l’Hôpital de la Chaux-de-Fonds pourrait évoluer vers un hub de santé intégré, combinant expertise hospitalière, télémédecine, téléconsultations à domicile, hospitalisation à domicile et suivi connecté des patients. Soutenu par l’intelligence artificielle, la robotique et la médecine personnalisée, il coordonnera un réseau de soins centré sur la prévention, les maladies chroniques et le vieillissement, tout en restant un acteur majeur de proximité et d’innovation pour les Montagnes neuchâteloises.
Propos recueillis par Jean Christophe Malou
Photo : Aline Henchoz