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Le Tourbillon – Journal officiel mensuel de la Ville de La Chaux-de-Fonds

Les premiers pavés de mémoire en Suisse romande

Cérémonie pour la pose du pavé à la mémoire de André Weill, Rue Numa-Droz 45, avec de gauche à droite : Michel Margulies, rabbin de La Chaux-de-Fonds ; Théo Bregnard, président du Conseil communal ; Bertrand Weill, petit-neveu de André Weill ; Théo Huguenin-Elie, conseiller communal. | Photo : Julie Babey

Le 10 septembre dernier se sont tenues deux cérémonies solennelles à la mémoire de deux victimes des camps de concentration, juives de nationalité suisse, nées à La Chaux-de-Fonds: André Weill, mort à Auschwitz, et Ida Silberschmidt, morte à Theresienstadt.

Treize des dix-sept déporté-e-s originaires de La Chaux-de-Fonds étaient des femmes juives, toutes assassinées, la plupart à Auschwitz. Seuls deux hommes ont survécu. La perte de nationalité en épousant un homme étranger avait pour ces Suissesses d’origine des conséquences tragiques. « Beaucoup de femmes n’ont pas pu revenir en Suisse à cause de cette loi et ont perdu la vie dans des camps », précise Marc Perrenoud, historien et membre de l’association Stolpersteine. Ce fut le destin tragique d’Ida Silberschmidt, qui avait vécu jusqu’à ses vingt ans rue Neuve 9, qu’elle avait quitté pour épouser son cousin allemand avec qui elle a eu quatre enfants.

André Weill, né à La Chaux-de-Fonds en 1895, avait déménagé en Belgique. Mais face au régime fasciste dès 1940, il avait fui avec son épouse, sa mère et sa belle-mère vers Toulouse où il avait été arrêté. Bien qu’il ait sollicité l’aide de la Suisse pour sauver sa vie et celle des siens, il n’avait reçu aucun secours de Berne. Il s’était inscrit sur une liste des autorités suisses pour être rapatrié, mais avait été malgré tout déporté avec sa femme avant que le voyage ne se concrétise. Le couple avait été envoyé à Drancy puis à Auschwitz, où il avait perdu la vie dans les chambres à gaz.

Même sans être directement impliquée dans la Seconde Guerre mondiale, la Suisse a néanmoins une part de responsabilité dans l’assassinat de centaines de personnes d’origine ou de nationalité suisse à cette époque, parmi lesquelles André Weill et Ida Silberschmidt. C’est seulement depuis quelques années que nous possédons des chiffres fiables. Ces derniers n’ont pu être établis – pour la Suisse, contrairement aux pays voisins – qu’au début 2020, grâce à une recherche approfondie de deux journalistes et d’un historien*.

Des dizaines de syndicalistes, de résistant-e-s, d’homosexuel-le-s, de Sinti ou de handicapé-e-s ont subi le même sort que les juifs-ve-s. Fondée parallèlement à cette publication, l’association Stolpersteine suisse (www.stolpersteine.ch) a organisé une cinquantaine de poses de pavés de mémoire à travers la Suisse allemande et au Tessin. La pose des deux pavés à La Chaux-de-Fonds est une première pour la Suisse romande. Un troisième Stolperstein sera installé au Locle en 2027, en souvenir de Gabrielle Mayor, qui s’est engagée pour la Résistance, en France.

Pour en savoir plus sur l’histoire d’Ida Silberschmidt et de André Weill, des codes QR figurent à côté des pavés respectifs rue Neuve 9 et rue Numa-Droz 45.

* Balz Spörri, René Staubli, Benno Tuchschmid – Les Victimes oubliées du IIIe Reich. Les déportés suisses dans les camps nazis – Alphil, 2021

Catherine Silberschmidt, membre de la famille Silberschmidt

Ida Silberschmidt Photo d'archive de la famille Silberschmidt
Pavé d'Ida Silberschmidt | Photo : Julie Babey