Dans plusieurs jardins privés chaux-de-fonniers se nichent des petits cabanons communément appelés des kikajons. Ce terme arrive très probablement dans le parler local à travers la traduction de la Bible menée par le théologien neuchâtelois Jean-Frederic Osterwald au XVIIIe siècle. Le mot hébreux kikajon apparait dans le livre de Jonas mais n’est pas traduit par l’auteur qui précise dans une note qu’il s’agit d’une plante à croissance rapide donnant facilement de l’ombre. Il pourrait s’agir du ricin. Par extension, cette plante couvrante évoque un abri. Le terme kikajon semble rapidement intégré, car il est mentionné dans le Dictionnaire du parler neuchâtelois en tant que « pavillon, kiosque ou tonnelle de jardin ».
Beaucoup de ces cabanons de jardin sont encore en place et, pour la plupart, restaurés. Généralement en bois et d’une architecture élégante, certains accueillent des outils de jardin alors que d’autres permettent à plusieurs personnes de s’y installer pour un moment de convivialité. En 1996, la commission de toponymie propose au Conseil communal de nommer rue des Kikajons la partie supérieure de la rue Moïse-Perret-Gentil qui s’appelait alors rue des Arbres. Cette portion borde une parcelle de jardins communaux qui ont vu pousser, de manière plus ou moins ordonnée et légale, nombre de petits cabanons, héritiers des kikajons du début du XXe siècle.
Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine Photos : Alyssa Arricale