Au premier plan, Louis Chevrolet. Photo : Bibliothèque nationale de France - Novembre 1920
Le Parc de l’Ouest, où trône la statue en hommage à Louis Chevrolet, me rappelle Daniel, un camarade de classe, et des voisins d’autrefois. Je devais être en quatrième primaire. L’instituteur nous avait demandé de penser à un sujet pour « une conférence ». Daniel proposa de nous raconter la vie de Louis Chevrolet, un aventurier et constructeur d’automobiles né à La Chaux-de-Fonds à la fin du 19e siècle. Je n’en avais jamais entendu parler, en revanche je connaissais la marque de voitures. Elles exerçaient une incroyable fascination chez mon père. Il est vrai que les deux Chevrolet métallisées de nos voisins, des Impalas du début des années 1960, m’émerveillaient aussi. L’une était bleue et l’autre brune.
Je préférais la brune à cause des paillettes de la carrosserie. Elles me rappelaient les flacons des crèmes solaires et les après-midis à la piscine. Les propriétaires des véhicules habitaient dans l’immeuble jouxtant le nôtre. Ils les parquaient devant leur entrée. A l’époque, il y avait peu de voitures. Les grosses cylindrées se garaient facilement, et gratuitement, devant la maison. Les enfants, nous jouions en courant partout sur la route et les trottoirs. Par beau temps, notre vitalité atteignait son paroxysme. Alors père et fils, des immigrés italiens qui investissaient probablement tout leur salaire dans leur passion, s’adossaient chacun sur une carrosserie pour s’assurer que l’on n’y toucherait pas.
Arriva le jour de la conférence de Daniel. Pour moi, ces « grosses américaines » servaient à promener des stars dans les films et à titiller les fantasmes des habitant-e-s du quartier. Je n’imaginais pas qu’elles portaient le nom d’un célèbre coureur automobile, un inventeur qui avait vu le jour à la rue du Grenier 22, là où à présent s’élève une tour. Un homme que la soif de vitesse et de modernité avait mené de nos montagnes à Détroit, en passant par Paris et New York.
Dunia Miralles, autrice de l’emblématique Swiss trash, revient sur son rapport avec une figure historique qui a contribué au rayonnement de notre ville : Louis Chevrolet. L’écrivaine chaux-de-fonnière nous en apprend un peu plus sur l’aura du pilote de course et inventeur de la marque automobile éponyme.
Vue de la statue en hommage à Louis Chevrolet du Parc de l'Ouest. Photo : Christophe Schindler
Qu’un Chauxois soit devenu un mythe d’outre-Atlantique, m’ébahissait. Son périple est également relaté dans le livre de Michel Layaz : Les vies de Chevrolet, paru aux Éditions Zoé. L’ouvrage nous emmène dans le rêve américain, du temps où l’Amérique faisait encore rêver, comme elle faisait rêver les immigrés italiens, mon père ou les enfants du baby-boom. Je vais quand même divulgâcher la fin : malgré la grandeur et l’abondance que Chevrolet représente, Louis est mort pauvre, pendant que l’entreprise étasunienne qui avait racheté ses brevets s’enrichissait. Son cœur de Montagnard était probablement resté trop pur pour devenir riche.