J’avais envie d’écrire des choses rigolotes. Savez-vous que Jean-Luc Verna décrit sa Traîne de veuve, longue sculpture noire de soie et de frous-frous surmontés d’un imposant plug anal, comme le crochet de la caravane des deuils que l’on traîne derrière soi ? C’est assez parlant, n’est-ce pas ?
J’avais envie d’écrire des choses rigolotes parce que, tout autour, les nouvelles ne le sont guère. Mais est-ce que l’art sert à se changer les idées ? Le musée n’est pas un volet fermé où se soustraire au réel. Jean-Luc Verna, justement lui, est de ces artistes qui s’indignent de la laideur du monde et qui le font en beauté. Ses dessins mettent en œuvre une rare virtuosité pour représenter des oiseaux fâchés, des visages que la nuit mange, des corps piteux d’amour sali. Non, ce n’est pas plus réjouissant que ce que les fenêtres nous infligent, mais sublimé. Vraiment, je n’ai pas d’autre mot : nos petites affres et les grands drames rendus également sublimes.
En face, Sandrine Pelletier se fâche en brûlant des trucs, rongeant à l’acide des slogans ravageurs, coulant du verre, serrant le poing. Son indignation à elle se traduit par des gestes violents. L’altérité, la prédation, l’exploitation, voilà le genre de thématiques auxquelles elle se frotte. Pas question de laisser la mièvrerie que nous vendent les algorithmes assoupir nos sensibilités, même s’il faut pour cela sacrifier quelque élégance surannée. « Il y a des jours où on s’en branle de la poésie » a-t-elle gravé dans le marbre. Bin oui, j’avais envie d’écrire des choses rigolotes, ou poétiques, ou même les deux. Mais aujourd’hui, la poésie c’est le feu, et le rire un affable moyen de montrer les dents.
Ces deux expositions sont réunies sous le titre Rêver platine. C’est nocturne, musical, mais ça n’est pas du Chopin, plutôt une lancinante ritournelle punk qui gratte le cortex préfrontal avec des ongles rongés. C’est pas rigolo. Mais c’est beau.
Les expositions « Sandrine Pelletier – Jean-Luc Verna. Rêver platine » et « Voyages en zig-zag. La collection de Philippe Bodenmann » sont visibles jusqu’au 3 janvier 2027.
David Lemaire, conservateur du musée des beaux-arts Photos : Gaspard Gigon